ENTRETIEN AVEC UN
PSYCHIATRE

 

Il y a quelques années, je découvrais le phénomène des synchronicités et la psychanalyse « dissidente » en découvrant les écrits de Carl Gustave Jung, en lien avec l'expérience vécue par les jumeaux disparonatals.

Après m'être informée plus particulièrement sur les troubles psychiques liés à la schizophrénie, avec leur rapport à la gémellité, notamment auprès d'un psychologue que je connaissais lors de quelques entretiens qu'il a bien voulu m'accordés, j'ai donc fait des liens concernant la situation et le malaise du jumeau DN dominant.

Ce matin, la « coïncidence », si l'on peut dire, m'a amenée à croiser la route de Véronique, à la fois jumelle disparonatale et à la fois médecin psychiatre de sa profession. J'ignorais qu'elle était psychiatre. J'ai demandé à la rencontrer par l'intermédiaire d'une amie commune qui m'a dit qu'elle était médecin et par un quiproquo, je la pensais être généraliste. J'ai alors souhaité lui parler d'un tout autre sujet : des effets sur la santé du jumeau DN.

En effet, j'ai constaté que les jumeaux DN déclenchaient des symptômes récurrents comme des pertes d'équilibre ou vertiges et gros acouphènes, suivies de chûtes et de consultations médicales pour certains. Je pense expliquer ce désagrément par les conséquences d'une télépathie intense et prolongée anormale qui engendrent une perturbation des cristaux de l'oreille interne par vibration trop répétée et excessive, finissant par les déplacer et bouleverser l'équilibre sensoriel de la personne. Véronique m'a d'ailleurs indiqué, comme beaucoup d'autres, avoir elle-aussi des pertes d'équilibre.

Nous avons eu, cependant, une longue discussion très enrichissante pour l'une comme pour l'autre et elle m'a permis de mettre en lumière certains détails.

Elle m'a d'abord confié : « C'est particulier cette relation quand on est psychiatre. Je prends un raz de marée dans la tête ! » ou encore « En tout cas, parfois, je crois que je deviens folle... »

Je lui ai répondu : « Non, rassurez-vous, pas du tout ! »

Elle me dit : « En tant que psychiatre, c'est une remise en question personnelle mais aussi professionnelle ! »

Moi : « Oui, j'imagine. C'est une remise en question bouleversante. »

Véronique : « Je n'en parle pas. J'ai essayé une fois avec une connaissance, il m'a prise pour une folle. J'ai arrêté. En revanche, il est vrai que j'écris beaucoup.»

Moi : « Quand vous dites "je n'en parle pas", est-ce que c'est difficile de l'évoquer face à des confrères ? »

Véronique : « Je ne sais pas s'il faut parler d'un psychiatre par rapport à ses confrères car le sujet c'est plutôt un psychiatre par rapport à soi-même et son expérience vécue. Je ne me suis pas posé la question de mes confrères en vivant cette histoire. »

Je lui ai ensuite demandé son point de vue professionnel sur mon étude et sur le « diagnostic » que j'ai pu poser sur la situation du jumeau dominant (« runner »), à savoir des troubles orientant sur une forme de schizophrénie et parallèlement, sur le fait que ce jumeau puisse aussi longtemps cacher son état à son entourage proche. Sa réponse a été très pertinente :

« Je n'ai pas encore pris connaissance de tous vos articles. Mais, j'ignore si on peut parler de  schizophrénie  au sens large du terme. »

Moi : « Ah, c'est interessant, dites-moi, pourquoi. »

Véronique : « Ce jumeau mène une vie tout à fait normale. Il a une vie sociale normale. Il a des responsabilités et est un très bon orateur. Il peut occuper une place importante socialement, professionnellement, faire partie d'associations, de mouvements politiques, etc... et ne montrer aucun problème particulier dans son quotidien. C'est dans sa relation avec sa jumelle qu'il a une folie et pas dans les autres champs de sa vie. Sa schizophrénie peut être seulement là, dans sa relation avec sa jumelle. C'est ce qui explique que l'entourage ne s'en rende pas compte. Je pense que ce qui le rend fou c'est la puissance du lien et le trop d'Amour. »

Je lui demandais ensuite si l'entourage pouvait quand-même noter chez le jumeau un changement d'aspect physique signalant un problème comme un visage changé, je lui donnais l'exemple du port subit de la barbe ou une chute de cheveux, un amaigrissement ou une perte musculaire,etc...

Elle me confia : « Mon jumeau m'a envoyé une photo et j'ai constaté qu'il portait dorénavant une barbe. C'est surprenant ! J'avais pensé simplement qu'il se laissait aller... ».

Moi : « Après avoir noter ce détail, le port subit de la barbe, chez plusieurs jumeaux « runners », je pense que c'est plutôt une dissimulation. Quand vous êtes télépathe et que vous parlez avec votre jumelle à l'abris des regards, une barbe peut facilement servir à dissimuler vos lèvres. »

Véronique : « Ah oui, je ne le voyais pas comme ça, mais oui... Cependant, de simples changements physiques ne suffisent pas à le traduire à l'entourage»

Je lui ai posé la question suivante : « Dans sa phase transitionnelle, le « runner » est à la fois dans une réalité et une irréalité, peut-il lui-même, sous l'influence de l'environnement qui a la croyance répandue que la télépathie n'existe pas, ne pas croire à sa propre télépathie malgré le fait de la vivre ? »

Véronique : « Oui, il peut ne pas le croire mais il s'agit surtout d'un déni et il est difficile de faire sauter un déni. Le déni est un moyen de défense. Vous pouvez présenter l'Himalaya devant une personne qui a un déni, elle continuera à nier, alors, que peut faire le « chaser » pour aider son jumeau ? »

Moi : « Et bien, le chaser est un peu impuissant. Plus il va essayer, plus il va amplifier le problème du runner . Et puis, le chaser est le dominé, donc celui qui est impuissant et qui, par conséquent, subit. Mais, il a tendance, de lui-même, à prendre les deux rôles pour compenser l'inaptitude et l'absence physique du dominant face à l'environnement. Je pense que ce n'est pas sur le jumeau qu'on peut agir vraiment mais sur la société en parlant du problème et que la société agisse sur lui ensuite par répercussion. Quand on parle de « nuit noire de l'âme », on fait l'erreur de croire qu'elle concerne les deux jumeaux. En réalité, elle ne concerne que le jumeau malade, pour la jumelle, dominée, il s'agit plutôt des conséquences du malaise de son jumeau. Je pense que les chasers doivent plutôt s'allier pour parler rationnellement du problème et le corriger dans la société s'ils veulent avoir un moyen d'aider leurs jumeaux. »

Merci à Véronique.

Ce qui ressort de cet entretien :

Le « runner » n'est pas une personne schizophrène mais une personne qui se trouve bien dans un état schizophrénique dans une situation particulière. Il a du mal à exprimer l'intensité de l'Amour gémellaire et le dissocie donc de son quotidien. On peut donc parler d'un trouble dissociatif allant vers le spectre de la schizophrénie mais uniquement en ce qui concerne sa relation gémellaire.

Véronique m'a suggéré de reprendre la consultation du DSM5, manuel de diagnostique des troubles mentaux afin de déterminer si l'on peut bien parler ici de schizophrénie dans les cas les plus avancés.

Ma conclusion

(par rapport à l'entretien et au DSM5)

Le caractère intermittent des symptômes, n'étant pas présents de façon générale dans la vie du jumeau, ne laisse pas penser à une schizophrénie franche, bien que tous les critères du DSM5 puissent être observés à partir du moment où il y a :

  • un discours désorganisé,

  • un comportement catatonique (stupeurs)

  • et des idées délirantes (comme des pensées imposées par autrui)

Je pense qu'on doit plutôt parler ici surtout d'un ensemble de troubles de la personnalité concomittants qui résultent d'un problème d'interdépendance et d'individuation amené par la situation de la gémellité disparonatale :

-trouble de la communication

- trouble de la personnalité évitante

- trouble de dépersonnalisation

- trouble de déréalisation

auxquels on peut rajouter :

- trouble de la personnalité narcissique (pour les hyper-dominants les rendant tyranniques avec le dominé)

et peut-être pourrions-nous parler plus précisément :

-d'un trouble schizotypique, qui est souvent associé aux troubles de la personnalité ci-dessus.

En effet, la personnalité schizotypique est une personne qui semble froide et distante, elle a un comportement étrange ainsi qu'une dépersonnalisation accompagnée d'une déréalisation.  Elle présente un malaise dans une relation intime avec une perte de repères interpersonnels et communicationnels, elle croît à des pensées négatives de la part de l'autre (ce qui se dénote bien souvent par une impression de manipulation). Elle se combine parfaitement à une personnalité évitante et a pour caractéristique de ne pas répondre à l'autre lors de communications (téléphone, SMS, mails...).

Trouver sa nouvelle personnalité dans sa relation gémellaire amoureuse semble être bel et bien le problème de notre jumeau dominant. Le dominé trouve sa place de suite mais pas lui. 

La société ne les préparent pas à passer cette étape puisqu'elle est muette sur le sujet. L'un, avec une personnalité plus modeste, s'adapte, la passe sans encombre mais l'autre reste bloqué.

Avec de la prévention, aidons-le. 

Parlons-en.

 

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